Accueil

Photos

Documents

Vidéos

Albums

Evénements

Années

Lieux

Personnes

Recherche

Biographies

Tutorial


Ken Rosewall
(1934-?)

Le petit maitre de Sydney
Muscles


Quatre surnoms pour un des plus grands joueurs du XXème siècle! Un record mérité pour cet artiste de la raquette qui impressionna pendant plus de 25 ans les passionnés de tennis du monde entier. Une carrière d'une longévité exceptionnelle, de 1952 à 1979, un revers que certains n'hésitèrent pas à qualifier de huitième merveille du monde, une tenue sur le court toujours exemplaire, et une malédiction à Wimbledon qui le poursuivra pendant plus de 20 ans...

Sa carrière internationale commence en décembre 1946. Pour la première finale de coupe Davis d'après guerre, il est selectionné pour jouer le match d'ouverture avec un autre junior de Sidney, Lew Hoad. C'est la première rencontre entre les deux garçons, et Ken l'emporte facilement 6/0 6/0. Ils ont douze ans et c'est le début d'une extraordinaire aventure. Les deux garçons ne se quitteront plus. Lorsque Harry Hopman prend la direction de l'équipe Australienne de coupe Davis en 1949, il repère les deux jeunes espoirs qu'il commence à entraîner sérieusement. A 16 ans, ils figurent déjà parmi les meilleurs joueurs australiens et participent en janvier 1951 aux internationaux d'Australie. L'année suivante, à tout juste 17 ans, Rosewall est tête de série N°7 et atteint les quarts de finale.

En 1952, Hoad et Rosewall font alors leur première tournée en Europe et aux États-Unis. Ils sont demi-finalistes du double à Roland-Garros et à Wimbledon et trouvent leurs premiers surnoms : "The Twins" (les jumeaux") parce qu'ils sont inséparables, et "The Whiz Kids" ("Les apprentis magiciens") parce qu'il enchantent le public par leur culot et leur facilité. En 1953, Sedgman et McGregor passent professionnels, la voie est libre pour les deux juniors. A 18 ans, Rosewall s'impose alors comme le N°1 mondial, mais ne tient pas la distance, Vainqueur en simple et en double en Australie et à Roland-Garros, il est tête de série N°1 à Wimbledon pour la seule fois de sa carrière. Hélas, il s'effondre en quart de finale contre le danois Nielsen après avoir mené deux sets à un. En fin de saison, il rate avec Lew Hoad le grand chelem en double à Forest Hills à l'issue d'une tournée épuisante. Mais le grand exploit est pour la fin de l'année. Pour leur première sélection en coupe Davis, les jumeaux battent les américains Trabert et Seixas par 3/2, Rosewall remportant le point décisif contre Seixas.

Après leur première victoire en coupe Davis à tout juste 19 ans, Rosewall et Hoad deviennent de véritables héros dans leur pays. Il font vite la une des publication sportives destinées à la jeunesse, comme en témoignent ces deux couvertures qui datent de 1955.

Les trois années suivantes sont consacrées à la coupe Davis et aux grandes tournées en Europe et aux Etats-Unis avec l'équipe australienne, sous la direction de Harry Hopman. Ses camarades de voyage s'appellent Hoad, Hartwig, Rose, Cooper, Anderson, Fraser, Laver... Il y gagna son surnom de "Muscles", que ses copains lui donnent par dérision vu son petit gabarit. Il est vrai qu'il ne mesure que 1m65 pour 72 kilos. C'est aussi de cette époque que date sa réputation de radinerie. Rosewall, fils d'épicier, avait appris à compter, et ne dépensait rien. On raconte qu'il est longtemps resté convaincu qu'il n'existait pas de billet d'une valeure supérieure à 5$ ! Avec une telle mentalité, Rosewall restera toute sa vie très attentif aux questions d'argent, et certains expliquent sa longue carrière par l'appat du gain. Il est probable en effet que sans l'arrivée des tournois open en 1968, et l'apparition des sponsors dans le tennis, il aurait arrêté sa carrière beaucoup plus tôt...

La première tournée professionnelle de Rosewall, commencée en Australie immédiatement après une dernière victoire en coupe Davis, montra une fois de plus qu'il y avait un décalage entre tennis amateur et tennis professionnel. Malgré tout son courage, Rosewall ne put gagner que 26 matchs sur 76 contre le grand Pancho. Les années suivantes sont encore des années d'apprentissage. Rosewall dut rendre son jeu beaucoup plus agressif pour avoir une chance raisonnable contre Gonzales. Il raccourcit ses préparations en revers comme en coup droit, pour monter plus vite. Chez les pros, le premier au filet a gagné, et Pancho à ce jeu là était inaccessible. L'arrivée de Hoad l'année suivante ne changea pas fondamentalement les choses, même si c'est ce dernier qui devint rapidement le plus dangereux rival du grand Pancho.

Rosewall dut patienter 5 ans avant de devenir, au début des années 60, l'incontestable N°1 des joueurs professionnels. Il dut pour cela profiter de la blessure au dos de Hoad, et attendre la semi-retraite de Pancho Gonzales, âgé de 32 ans et qui commençait à perdre un peu de sa motivation. Lorsque que Jack Kramer décida de se retirer de l'organisation des tournées professionnelles en 1962, il reprit courageusement le flambeau en créant avec Hoad et Laver l’IPTA (International Professional Tennis Association), organisation dont il devint le président. Malheureusement, Rosewall n'avait aucun talent particulier pour la promotion et l'organisation commerciale de grandes tournées. Avec Rosewall comme leader, le tennis professionnel va ainsi vivoter jusqu'en 1968 et l'apparition des tournois open. Les temps deviennent difficiles pour les pros, alors que les champions amateurs comme Emerson et Santana gagnent beaucoup plus d'argent en restant sagement employés fictifs de grandes firmes de cigarettes tout en écumant les tournois du grand chelem ! C'est l'époque des longues tournées en camionnettes à travers les États-Unis, où l'on joue tous les soirs dans une ville différente pour quelques dollars... Les journaux ignorent le tennis professionnel et l'on joue devant un public clairsemé de connaisseurs. Pour arrondir les fins de mois, Rosewall et Laver n'hésitent pas à accepter de jouer sur des parkings de supermarchés, pour des opérations promotionnelles payées par des associations de commerçants...

En 1965, à trente ans passés, Rosewall doit laisser la place de N°1 à son compatriote Laver. Les ponts étant alors totalement coupés entre le tennis amateur et professionnel, il songe à abandonner cette vie itinérante et épuisante qui le tient éloigné de chez lui 9 mois de l'année. C'est alors que, en août 1967, la BBC sponsorise un tournoi professionnel sur invitation à Wimbledon. C'est un énorme succès, et Laver bat Rosewall en finale. Le président du club Herman Davis décide alors unilatéralement d'ouvrir son tournoi aux professionnels. C'est un coup d'état, et après de multiples rebondissements, la fédération internationale capitule le 31 mars 1968. C'est l'an I de l'ère open dans le tennis.

Pour Rosewall qui n'a que 33 ans, c'est inespéré. Le voilà reparti pour une deuxième carrière qui sera aussi brillante que la première, plus de 11 ans après sa dernière victoire. Début juin, il gagne brillamment le premier Roland-Garros open de l'histoire face à son copain Laver. Un incroyable exploit, quinze ans après son premier succès ! Et comme en 1953, il fait le doublé, remportant le double messieurs avec Fred Stolle. La boucle est bouclée et Rosewall peut repartir courageusement à la conquête de Wimbledon, le seul titre qu'il n'a pas gagné lors de sa première carrière d'amateur...

Mais à son âge, les années qui défilent comptent double. En 1968, c'est Tony Roche, l'étoile montante du tennis australien, qui met brutalement fin à ses espoirs. L'année suivante, Bob Lutz l'arrête au quatrième tour. On le dit usé, fini... En 1970, il a trente-cinq ans et plus personne ne croit en ses chances... Il est pourtant encore classé tête de série N°5 et enfin, le sort lui est favorable. Rod Laver qui était dans sa moitié de tableau, chute au troisième tour. La voie est dégagée pour Rosewall qui file vers une troisième finale, 16 ans après la première... Cette fois, tout le monde en est sûr, s'il doit gagner Wimbledon, c'est maintenant ou jamais. Mais Newcombe, son adversaire en finale a 10 ans de moins, et la succession de Laver est ouverte. La déception de Rosewall sera à la mesure de l'enjeu. Même s'il est poussé au cinquième set, Newcombe, dont le service fonctionnait à merveille, n'a jamais été en danger au cours de cette finale. Il boucle le dernier set 6-1 et enterre définitivement le rêve de son malheureux compatriote...

Certains auraient renoncé, et commencé à parler de retraite... C'est tout le contraire qui va se produire, et la fin de l'année 1970 va être entièrement à l'avantage du petit australien. A Forest Hills en septembre, l'appartition du tie-break lui permet de s'économiser dans les premiers tours. A son âge, c'est important, et en demi-finale, ll prend sa revanche sur Newcombe qu'il exécute en trois petits sets ! Et Tony Roche en finale ne peut que lui prendre le premir set. Après Roland-Garros en 68, c'est le deuxième grand exploit de Ken Rosewall : il retrouve son titre de champion d'Amérique 14 ans après sa première victoire ! Le voilà à 36 ans en tête du Grand Prix (l'ancêtre du classement ATP). Incroyable ! Et la série continue: en mars 71, aux internationaux d'Autralie, alors que tous les meilleurs professionnels sont présents, il a l'air d'un jeune homme au milieu de grognards fatigués: il se paye le luxe de remporter le tournoi sans perdre un seul set. Il a 36 ans et le voilà champion d'Australie 16 ans après sa dernière victoire. Mieux encore, il conservera son titre l'année suivante. Il a trente-sept ans... On croit rêver.

Rosewall lui ne rêve pas et il a encore Wimbledon en point de mire. Avec l'aide du tie-break à 8 partout, il espère bien avoir une chance d'aller jusqu'au bout pour l'édition 1971. Hélas, en quart-de finale, il se laisse entraîner dans un long combat en 5 sets contre l'américain Richey. Vainqueur 7-5 au cinquième set, il use ses jambes dans ce terrible combat. Elles ne le porteront plus en demi-finale contre Newcombe. Cette fois, c'est bien fini, et pour le remercier d'avoir fait le spectacle, les dirigeants de Wimbledon décident de lui offrir la cravate du club, honneur réservé jusqu'ici aux seuls vainqueurs du tournoi. Une façon élégante de lui dire que son combat pour la conquête du plus grand tournoi du monde était terminée...

Quand on a un revers magique, une santé de fer, des muscles d'acier et un jeu de jambes parfait, on ne renonce pas ! Hélas, c'est bien malgré lui que les portes de Wimbledon vont se refermer pendant 2 ans. En 1972, la guerre s'est rallumée entre la fédération internationale et les professionnels de la WCT qui n'ont pas le droit de participer aux tournois du grand chelem. L'année suivante, alors que la paix était signée, c'est l'ATP nouvellement créée qui appelle au boycott de Wimbledon. Voilà encore deux années de perdues. Rosewall n'en continue pas moins à jouer les premiers rôles. Il se maintient dans les 5 premiers du classement ATP et remporte régulièrement ses 5 ou 6 tournois annuels. Il est vrai que l'argent s'est mis à couler à flot dans le tennis, et Rosewall n'a plus beaucoup de temps pour faire fortune... Toujours très attentif aux questions d'argent, il remporte les deux premières éditions de la finale WCT en 1971 et 72, les deux fois contre Rod Laver. Il empoche à chaque fois la somme record, considérable pour l'époque, de 50.000$. Ces deux victoires font de lui le deuxième millionnaire en $ de l'histoire du tennis après Rod Laver.

En septembre 1973, à 39 ans, il est encore demi-finaliste à Forets Hills en simple, et finaliste en double avec Laver. Un mois plus tard, il rencontre Bjorn Borg âgé de 17 ans en pleine ascension. Le combat est dur, et le vieux est battu 7-5 au troisième... Il avait pourtant mené 5-3 dans le dernier set ! Une nouvelle génération arrive et pour Ken, ça sent plus que jamais la retraite! A la fin de l'année, il joue encore la coupe Davis en double avec Laver en finale interzone, mais il n'est que remplaçant en finale dans l'équipe qui atomise les États-Unis par 5/0. Une déception qui lui permet tout de même d'inscrire son nom au palmarès de l'épreuve 20 ans après sa première victoire, à côté de Laver et Newcombe. Du beau monde ! Il sera encore sélectionné en 1975 contre la Nouvelle-Zélande, et remportera ses deux simples !

Lorsqu'en 1973, les promoteurs d'Interville se mettent à recruter à grands coups de dollars, il est naturellement un des premiers à signer. En 1974, il devient capitaine joueur des "Pittsburg Triangles", une excellente façon de gagner beaucoup d'argent sans trop se fatiguer. En participant à ce tennis spectacle, il gagne 10 fois plus que pendant ses dures années de professionnalisme, quand il était et de loin l'incontestable n°1 mondial. Qui pourrait le lui reprocher ?

Pourtant, le meilleur reste encore à venir. Wimbledon qui se refuse à lui depuis 20 ans va lui offrir encore l'occasion de briller. En 1974, il est tête de série N°9 (par faveur disent certains...) et joue toujours le même tennis, économique, précis et efficace. Et surtout il a toujours la même envie de gagner. Il étonne le public lorsqu'il renvoie les services dévastateurs d'un jeune américain Roscoe Tanner. Il surprend tout le monde lorsqu'il bat en 4 sets Newcombe, pourtant le grand favori de l'épreuve. Que n'avait-il gagné ce match 4 ans plus tôt ! Le voilà en demi-finale contre Stan Smith, le vainqueur de 1972. Rosewall joue bien, résiste, mais perd les deux premiers sets de justesse. A 5/4, il sauve une première balle de match, deux autres suivront dans le tie break, qu'il finit par remporter au finish. Le reste appartient à la légende. Le whiz kid retrouve ses jambes d'il y a vingt ans, et remporte les deux derniers sets 6-1 6-3. Dans le public, c'est du délire, et certains commencent à y croire. La quatrième finale sera-t-elle la bonne? Connnors, 18 ans de moins et un revers à deux mains dévastateur, ne lui laissera guère d'espoir. C'est un autre tennis que Rosewall a en face de lui, et son magnifique revers parut tout à coup une arme bien peu redoutable contre les boulets de canon rasants du jeune américain. Défait 6-1 6-1 6-4, Rosewall eut droit à une énorme ovation, un geste de remerciement du public pour les magnifiques combats qu'il avait livrés sur le court central depuis plus de 20 ans... Alors Ken, adieu à Wimbledon ?

En 1975, il a 40 ans. Le démon le tente encore, et il décide de s'engager au dernier moment. Sa place de finaliste de l'année précédente lui vaut dêtre classé généreusement tête de série N°2, ce que beaucoup trouvent exagéré. Ce sera le Wimbledon de trop. En huitième de finale contre Tony Roche, il ne tient pas la distance et s'effondre dans le troisième set, alors qu'il servait pour mener deux sets à un... On le verra alors pour la première fois montrer des gestes de mauvaise humeur, puis de désespoir avant de quitter le tournoi par la petite porte... Le rêve est cette fois définitivement fini.

Quatre surnoms pour un des plus grands joueurs du XXème siècle! Un record mérité pour cet artiste de la raquette qui impressionna pendant plus de 25 ans les passionnés de tennis du monde entier. Une carrière d'une longévité exceptionnelle, de 1952 à 1979, un revers que certains n'hésitèrent pas à qualifier de huitième merveille du monde, une tenue sur le court toujours exemplaire, et une malédiction à Wimbledon qui le poursuivra pendant plus de 20 ans...

Il prend alors une semi-retraite bien méritée, entre ses affaires et sa participation dans des camps d'entraînement aux États-Unis et en Australie. Il n'est pas invité au cinquantenaire de Wimbledon en 1977, réservée aux seuls anciens vainqueurs mais il prendra sa revanche lors des cérémonies du millenium en 2000, où il reçu une ovation monstre. A Roland-Garros, il boude les cérémonies du cinquantenaire en 1978, mais on l'a revu avec plaisir dans les années 90, venir disputer régulièrement avec Fred Stolle la coupe Toto Brugnon, réservée aux anciennes gloires. On l'a vu pour la dernière fois à Roland-Garros parmi les spectateurs lors de la victoire de Gustavo Kuerten en 2000...